Mercredi 22 avril 2009 3 22 /04 /2009 08:58

Après une trentaine d'années d'hégémonie, le néolibéralisme  est en train de se fracasser contre le mur de ses propres aberrations. L'occasion serait idéale pour lui opposer des alternatives cohérentes, aussi bien au niveau national qu'européen et international, et pour donner  ainsi des perspectives politiques aux luttes sociales qui font tache d'huile dans de nombreux pays du Nord comme du Sud.

Malheureusement, de ce point de vue,  le paysage offert par les forces progressistes est désolant. Contrairement aux  gouvernements - y compris bien entendu ceux se réclamant verbalement de la social-démocratie - qui brisent sans états d'âme tous les tabous de l'orthodoxie afin de mieux garantir la pérennité du système, ces forces  restent frileuses et timorées. Elles répugnent le plus souvent à avancer des propositions de rupture radicale, à la mesure du séisme qui se propage sous nos yeux. Elles sont à cet égard très en retrait par rapport au sentiment de révolte qui anime chaque jour davantage un nombre croissant de citoyens. Surtout, elles continuent de raisonner en termes de boutique, sans prendre en compte l'aspiration populaire à l'unité contre les forteresses du capital et leurs porte-étendards  politiques et médiatiques.

Ceci se vérifie au niveau de la France, mais aussi d'une Europe que les traités successifs (dont celui de Lisbonne)  et la collusion entre les partis de gouvernement, ceux de droite comme ceux "de gauche", ont transformée en bouclier du libéralisme. On doit, à cette occasion, déplorer que certains dirigeants qui affirmaient partager cette analyse aient succombé à la tentation électoraliste et renié leur vote "non" au traité constitutionnel européen en faisant liste commune avec les partisans du "oui".

Il est maintenant grand temps de jeter des passerelles entre toutes les forces antilibérales, qu'il s'agisse de partis politiques, de syndicats, d'associations, voire de gouvernements, afin de constituer un vaste front populaire se déclinant du local au mondial. A cet égard, les altermondialistes doivent prendre en compte le fait que des gouvernements, en Amérique latine, mettent concrètement en œuvre des mesures de rupture avec le néolibéralisme. Ils ont un temps d'avance sur nous et méritent notre solidarité active !

Les prochaines élections européennes ne changeront pas la face de la planète, mais elles peuvent permettre d'entamer un processus de  mise en conformité entre le bulletin de vote et les aspirations à de profonds changements démocratiques et sociaux. En France, Jean-Luc Mélenchon, le Parti de gauche et le Front de gauche me semblent être actuellement les seuls porteurs de cette démarche à la fois unitaire et combative. C'est pourquoi, en dehors de toute considération partisane je leur apporte  mon soutien chaleureux.

Bernard Cassen*

*Universitaire et journaliste, fondateur et ancien président d'Attac, initiateur du Forum social mondial de Porto Alegre.

 

Par Lille à Gauche - Publié dans : Front de Gauche - Communauté : Les blogs citoyens
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